{"id":179,"date":"2026-02-08T20:25:06","date_gmt":"2026-02-08T19:25:06","guid":{"rendered":"https:\/\/legabiandechaine.com\/blog\/?page_id=179"},"modified":"2026-02-08T20:31:42","modified_gmt":"2026-02-08T19:31:42","slug":"le-tambour-de-cassis","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/legabiandechaine.com\/blog\/index.php\/le-tambour-de-cassis\/","title":{"rendered":"Le tambour de Cassis"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"800\" height=\"497\" src=\"https:\/\/legabiandechaine.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/tambourdecassis.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-174\" srcset=\"https:\/\/legabiandechaine.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/tambourdecassis.jpg 800w, https:\/\/legabiandechaine.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/tambourdecassis-300x186.jpg 300w, https:\/\/legabiandechaine.com\/blog\/wp-content\/uploads\/2026\/02\/tambourdecassis-768x477.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 800px) 100vw, 800px\" \/><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">Oh Tonin, parle- nous du fameux TAMBOUR de CASSIS !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" style=\"font-style:normal;font-weight:100\">Ce p\u00eacheur cassiden est n\u00e9 \u00e0 CASSIS et il existe 3 versions de son histoire :<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li class=\"has-small-font-size\">Version de Pierre SICARD :<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Donc un certain beau jour de Saint-Pierre vers l\u2019an de gr\u00e2ce 1830, tout \u00e9tait pr\u00eat pour que le trin soit inoubliable. M. le cur\u00e9 avait b\u00e9ni les \u00e2nes et les chevaux capara\u00e7onn\u00e9s de couvertures piqu\u00e9es et fleuris, les choristes avaient chant\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">\u00ab Nostra Dama de la Mar<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Que fa flourir que fa grenar<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Una b\u00f2na pesca per lei pescadors \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">La douce nuit d\u2019\u00e9t\u00e9 \u00e9tait largement tomb\u00e9e depuis une heure, que la jeunesse caquetante attendait toujours son tambourinaire et tr\u00e9pignait d\u2019impatience et bient\u00f4t de col\u00e8re. Le maire, assist\u00e9 d\u2019un adjoint en tenue de prud\u2019homme et du garde champ\u00eatre en bicorne, alla frapper \u00e0 la porte de Vidal. Le vieux marin, perdu dans un r\u00eave lointain, brumeux comme la fum\u00e9e de sa pipe, n\u2019entendait pas travailler en ce saint jour. Il voulait honorer saint Pierre en ch\u00f4mant. Il r\u00e9pondait sans varier : \u00ab Nani, vouli pas ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Le Premier magistrat de Cassis lui br\u00fbla l\u2019encens sous la narine avec une adresse toute politicienne. C\u2019\u00e9taient des kyrielles laudatives d\u2019appellations comme : glorieux Vidal, sublime Vidal, irrempla\u00e7able Vidal\u2026 Le virtuose de la masseto faisant la coquette \u00e9tait in\u00e9branlable dans son caprice de vieux t\u00eatu. Le maire employa les grands moyens :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">\u00ab Tiens, je prends sur moi, sans en r\u00e9f\u00e9rer au Conseil municipal, de te payer cent sous \u2013 un \u00e9cu, c\u2019est quelque chose \u00e7\u00e0 !- sur le budget extraordinaire. Cent sous ! Autant que le prix des cierges lors des pri\u00e8res pour conjurer le chol\u00e9ra. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">\u00ab Boun, li vaou ! \u00bb r\u00e9pondit Vidal, all\u00e9ch\u00e9 par cet \u00e9norme cachet, d\u00e9crochant son tambourin pendu au mur entre le portrait de l\u2019Empereur et le cierge vert de la Chandeleur .<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">A trois heures du matin, la piste de danse s\u2019\u00e9tait clairsem\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Des fen\u00eatres s\u2019ouvrirent des maisons d\u2019alentour dont les occupants, troubl\u00e9s dans leur sommeil, cri\u00e8rent des injures !<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">\u00ab Taiso-ti, marri tambourinaire ! \u00bb, \u00ab Laissa-nos dormir maoufatan ! \u00bb, \u00ab As pas f\u00e8ni de pica de masseta ? Anan cercar lo commissari ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Alors Vidal quitta la placette et, avec une farandole diabolique, d\u2019un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, entra\u00eena les jeunes dans toutes les rues de Cassis. Sous le vacarme, les impr\u00e9cations pleuvaient dru. Le bedeau sortit en ajustant sa calotte pour apostropher Vidal en termes non canoniques. La femme du notaire, hors d\u2019elle, ne s\u2019aper\u00e7ut pas qu\u2019elle sortait en chemise de nuit. L\u2019apothicaire en furie cria \u00e0 son \u00e9pouse :<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">\u00ab Margarida, passo-mi lo pissador p\u00e8r li manda su la testa ! \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">Le maire, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et inspir\u00e9 \u00e0 la fois, tomba \u00e0 genoux devant le h\u00e9ros bless\u00e9 \u00e0 Trafalgar et lui dit : \u00ab Mestre Vidal, glorieux Vidal, sublime Vidal, au nom de mes administr\u00e9s je t\u2019ai donn\u00e9 un \u00e9cu pour que tu commences, eh bien\u2026 eh bien \u2026 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p style=\"font-size:13px\">\u00ab Eh bien j\u2019en veux le double pour m\u2019arr\u00eater \u00bb laissa tomber Vidal !<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li class=\"has-small-font-size\">Version du PETIT MARSEILLAIS de 1868 :<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">On raconte qu\u2019il y avait \u00e0 Cassis au XVIe si\u00e8cle un joueur de tambourin, que l\u2019on nomme un tambourina\u00efre (prononcer le \u2013e final comme un \u00e9) en proven\u00e7al, qui se pr\u00e9tendait le meilleur tambourina\u00efre de Provence et, par cons\u00e9quent, du monde entier. Jamais pourtant il n\u2019accepta de s\u2019enr\u00f4ler dans une bande ce qui, apr\u00e8s tout, n\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre pas plus mal car il s\u2019\u00e9tait fait une loi de ne jouer que des airs de sa composition. M\u00eame si, \u00e0 vrai dire, on ne parlera pas r\u00e9ellement de \u201ccomposition\u201d, le terme \u201cinvention\u201d conviendrait mieux, car ce monsieur improvisait des airs que le vent ne tardait pas \u00e0 emporter.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Lorsque le roi Charles IX vint \u00e0 Marseille, les consuls de la ville pens\u00e8rent qu\u2019il pouvait \u00eatre appropri\u00e9 de choisir le meilleur tambourina\u00efre de la province pour donner la traditionnelle s\u00e9r\u00e9nade \u00e0 Sa Majest\u00e9. \u00c9videmment le tambourina\u00efre de Cas et, malgr\u00e9 sa pauvret\u00e9, voulut prouver qu\u2019il travaillait davantage pour la gloire que pour le profit, en fixant \u00e0 un sou le prix de son concert.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">La nuit venue, donc, il s\u2019installa sous la fen\u00eatre du roi et entama une de ses brillantes improvisations dont il avait le secret et qui ne devait finir qu\u2019\u00e0 l\u2019aube.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Charles IX avait pourtant alors davantage envie de dormir que d\u2019\u00e9couter la moindre s\u00e9r\u00e9nade. Un officier vint donc de sa part pour demander \u00e0 l\u2019homme de \u201ccesser son tapage\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le tambourina\u00efre fut, on s\u2019en doute, indign\u00e9 de l\u2019intervention de l\u2019officier, et pour garder la face, lui annon\u00e7a : \u201cAyant re\u00e7u un sou pour donner une s\u00e9r\u00e9nade au roi de France, j\u2019entends bien faire consciencieusement ma besogne !\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">L\u2019aide de camp retourna vers le roi qui s\u2019emporta.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">\u201cEh bien, morbleu ! Sacrebleu ! Ventrebleu ! cria-t-il, qu\u2019on lui donne vite deux sous, mais qu\u2019il s\u2019en aille !\u201d<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Voil\u00e0 donc l\u2019origine de ce proverbe qui permet de faire taire pour deux sous une personne qui se mettait en train pour un sou.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size\"><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li class=\"has-small-font-size\">Version de Pierre CORDELIER :<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est au mois de juillet 1784, le 9 juillet pour \u00eatre pr\u00e9cis, que Jacques Vidal naquit \u00e0 Cassis. Il y passa une jeunesse contemplative et rest\u00e9e ignor\u00e9e de tous, avant de conna\u00eetre le m\u00e9tier des armes. P\u00eacheur de rougets et de daurades, mais aussi virtuose du tambour, il fut envoy\u00e9 par une administration logique et \u00e9clair\u00e9e, servir la France sur les vaisseaux de l\u2019empereur. La mer \u00e9tait son domaine, elle faillit \u00eatre sa perte.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est du moins ce qu\u2019apprirent les Cassidens, lorsque Jacques Vidal retrouva sa barque, ses filets et son ciel proven\u00e7al. Il faut dire qu\u2019il ne se faisait gu\u00e8re prier pour raconter ses \u00ab campagnes \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Avec le galoubet et le tambourin, il enchanta d\u00e9sormais Cassis, ses amis, ses voisins et toute la jeunesse qui venait le chercher pour rythmer les farandoles, les gavottes et les rigaudons. Il devint l\u2019homme- orchestre des f\u00eates votives, le magicien des festivit\u00e9s populaires, la providence des gambilleurs.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Pas un Cassiden, un Ciotaden ou un Aubagnais ne prenait dans ses bras sa cavali\u00e8re pour se laisser emporter \u00e0 l\u2019invitation de Terpsichore, sans que Jacques Vidal ne soit l\u00e0, inspir\u00e9 et souriant, infatigable et paternel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Or, un jour, c\u2019\u00e9tait le 29 juin 1831, tout Cassis, et plus sp\u00e9cialement les p\u00eacheurs cassidens, f\u00eataient leur saint patron. On avait bien mang\u00e9, bien bu et bien chant\u00e9 pendant les longues heures de cette journ\u00e9e d\u2019\u00e9t\u00e9, et, avec la fra\u00eecheur du cr\u00e9puscule, l\u2019envie de danser chatouillait les jambes des gar\u00e7ons et des filles\u2026 Mais voil\u00e0 ! Comment danser sans musique ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Et si on demandait \u00e0 Jacques Vidal ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Garde-champ\u00eatre, tu es la loi ; fais-la respecter, vas-y, et ram\u00e8ne-nous notre tambourina\u00efre, autrement, c\u2019est toi qui vas avoir affaire \u00e0 nous.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Et le pauvre Tonin Lombard n\u2019eut plus qu\u2019\u00e0 s\u2019ex\u00e9cuter, en regrettant, ce jour-l\u00e0, d\u2019occuper les fonctions particuli\u00e8rement \u00e9minentes de garde-champ\u00eatre de la bonne bourgade de Cassis.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Il prit donc le chemin de la calanque de Port-Miou, et, au bout d\u2019une demi-lieue, le visage ruisselant de sueur sous le bicorne dor\u00e9, il arriva devant un cabanon nomm\u00e9 \u00ab La Cantarelle \u00bb. C\u2019\u00e9tait l\u00e0, la demeure de Jacques Vidal .<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Ayant invoqu\u00e9 Saint-Pierre, saint patron du jour et saint patron des p\u00eacheurs, qu\u2019il entendait honorer par le repos, Jacques Vidal eut cette r\u00e9plique formelle et d\u00e9finitive :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Tout \u00e7a, je m\u2019en fous ! Tu peux \u00eatre le garde-champ\u00eatre, mais tu es aussi un vieux guignol, et d\u2019abord, moi, j\u2019veux pas travailler.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">C\u2019est alors que, sur un air enj\u00f4leur, Tonin Lombard tenta de donner \u00e0 la conversation un tour plus passionn\u00e9 et plus direct :<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Mais qui parle de travailler ? Tu es un artiste, toi ; tu mignonnes le galoubet, tu caresses le tambourin.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Si tu continues, je vais sortir te caresser les fesses avec mon pied !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Allez Va\u00ef ! prends-le ton tambour, prends-le ton flageolet, et viens leur chatouiller la farandole.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Non ! non ! non !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">T\u00e9, allez tant pis ! Je ferai la qu\u00eate l\u00e0-bas pour me faire rembourser ! Je te donne trente sous, mais viens !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Trente sous ! reprit Vidal, presque atterr\u00e9, en plein mois de juin ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Quarante sous !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Le jour de la f\u00eate de mon saint patron ?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Cinquante sous !<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Si tu me prends par les sentiments, bien s\u00fbr ! Tu arriveras bien \u00e0 faire de moi ce que tu voudras.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Alors Tonin LOMBARD, ravi et souriant, vit enfin la porte du cabanon s\u2019ouvrir et Jacques Vidal capituler.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Texte de <strong>Antoine Oll\u00e8s<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Oh Tonin, parle- nous du fameux TAMBOUR de CASSIS ! 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